Les nouvelles de Voyance Suisse - MarionL'exil
Je veux bien emprunter votre temps, Marion, mais seulement l'emprunter. Ce qui me construit fait de moi un étranger. Jamais ¡e ne pourrai plus saluer le soleil de mon pays, cueillir l'arôme de mes montagnes. Je croyais au ciel, mais on ne guérit jamais de l'exil. Je dois m'intégrer, me désintégrer pour calmer ma faim. Je n'ai rien pris d'autre que ce que tout homme doit à un autre : j'oublierai tout, mes enfants oublieront les mots, que voulez-vous de plus. Mais, vous pays riches, vous provoquez les plus grandes famines, nous laissant comme ultime faveur, vos modèles de vie. Il paraît, Marion, que l'on finit par s'identifier à celui qui vous opprime, on devient lui... par la blessure, il s'installe à ma place... vit... pense... à ma place. Tu me diras... pars... reste toi... la vie est généreuse, c'est nous qui ne le sommes pas... Tu me diras : retrouve en toi la force des peuples Arabes... si fiers... si graves... ils sont tous là dans tes veines... appelle et ils viendront. J'appelle, et je prie pour vivre et d'un voyage de l'âme, chercher par delà. Au delà des songes d'une spirale jaune, d'un appel universel, d'un défini sans dieu, d'une vive naissance intemporelle.
Brûlures oublieuses de mes jeunes temps qui m'avaient de tout abandonné. Brassant un néant d'illusions morbides, l'homme se crée l'unique et le savant. Homme, apôtre de la différence, du malheur, les siècles ignobles, à rien, ne t'ont servi.
T'en rends-tu compte, Marion, que s'est-il passé ? Il était pourtant là, le chemin à prendre. Amour parti à la conquête des consciences. Regarde ces livres clos par l'horreur. Quel désastre coule dans ces gorges assoiffées. T'en rends- tu compte, que s'est-il passé ? Où agonise ce pur et grand amour ? L'as-tu seulement pensé, cherché, dans les dédales de ton droit. Je suis un homme sombre qui ne saluera plus jamais ni le soleil de son pays, ni l'amour. Dès l'aube, la sueur crève mon regard. Au crépuscule, la faim s'en est allée. Je sens mon être, je sens la terre stérile à l'âme indocile, qui m'appelle. Je marche vers l'asile de cette pénombre cruelle, sans savoir pourquoi la mort est éternelle. Tu me diras encore : la vie est généreuse, le soleil est le même ici ou chez moi... l'important est de l'avoir en soi... oui peut-être pour une autre humanité. Elle était géniale, cette envie de vivre... Aurais-je dû penser, savoir que ma vie aurait eu autant de combats, autant de larmes pour ne plus souffrir, ne plus espérer la joie, le bonheur... Bonheur, paix, des mots en marche. Des arcs-en-ciel sous mes pas, pour qu'un jour des lutins écrivent le rêve... qu'une horde de jolis rats rongent l'envie de dire : affirmez, résistez. Qu'ici et ailleurs je sois là. Moi nourris de terres en paix, d'orangers aux âmes en fleurs... Pour que la faim des autres, océans ouverts porte ma voix d'homme. Moi, enfant pauvre qui comme nos mères ne meurent jamais...
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