Les nouvelles de Voyance Suisse - Marion



La peur


Marion m'a dit : « ne vous accrochez pas à vos peurs, laissez les vivre, elles partiront foutes seules »... Je fuis la sagesse comme la mort, et pourtant à chaque matin, je ne suis que cendres. Je résiste, la clé de ma prison, je l'ai en moi mais je résiste, trop abîmée, trop tard, plus encore. Je veux bien me déshabiller, je suis fatiguée de porter les vêtements des autres. Je vais prendre mon cerveau, l'emmener en vacances, dans l'océan, lui enlever tous ces « t'es pas gentille... tu baises mal... tu penses mal »... Et puis là-bas, je vais pleurer, je le sais, parce que j'y entendrai toutes ces baleines, toutes ces vies mourir de nous. Marion, je deviendrai toi et, je leur dirai : « si vous souffrez... si vous mourez, c'est forcément que vous l'avez permis... Le hasard ça n'existe pas. La vie vous rend ce que vous lui demandez »... Marion, je suis malade d'eux, de moi, de vous. Eux ou moi, c'est pareil, c'était la vie. Et pourtant, je ne demandais pas la lune. Normal, je ne l'ai pas reçue... Il faut apprendre à demander et tu recevras... Demander la lune, pour savoir qu'elle existe... dire que l'on a faim pour avoir la terre, le ciel... je n'aime pas cet homme. Je dois connaître le pouvoir du verbe, dire mes chagrins, crier ma colère... ouf... j'ose dire... je suis mieux... l'autre me regarde enfin... enfin, c'est trop tard... J'ai plus envie de voir, de comprendre. Je laisse les chemins... les rues de mes déceptions vides... j'ai envie d'avoir un couteau, de ne plus aimer. Étourdie par l'angoisse qui me tue, l'angoisse de l'autre... la terreur de ses mots... Je suis la rage de mon terrible silence... des années malades des autres. Encore une fois... comme c'est triste moi... j'ai la peine de mon souvenir... de nos enfances brisées par des parents toujours malheureux. Ces blessures deviendront des cicatrices... et je pourrai mille fois les retourner, les oublier, les accepter mais jamais elles ne seront peaux neuves. La mémoire du corps, le pouvoir du mental et si l'on avait oublié une autre vérité. Marion, aide-moi. Des amours, il y en a partout... regarde ailleurs... la vie t'attend... change le regard sur toi. Ce qu'il me reste : un long regard sur la force de la peur qui me traîne vers la mort. Avoir eu vingt ans, avoir eu une âme pour qu'un matin, seul s'en souvienne la nuit. Dame la peine, dans ton voile taille-moi, une couche où dormiront mes mains blanches de froid. Une couche pour mes années pâlies d'effroi. Dame misère, un cœur palpite sur le voyage des sentiments perdus dans l'azur. Voyage où mon soleil crucifié s'emmure. Dame la vie, dans le vent de ma nuit, au fond de mon poing, une espérance luit. La peur - suite Au fond de ma poche, une haine s'endort. Fuyez peurs, fuyez mes nuits, qu'au-cune tristesse ne s'en vienne, briser mon silence lunaire. Il va partir le souvenir. La saison a repris le fil, ne me laissant plus rien. Que personne ne parle ni de l'absence ni de nous. Il va partir le souvenir comme je m'ennuie de lui. Aimer sans paix, les moissons et les pluies sur les plaines. Avoir trop à dire pour ne plus pouvoir en convenir. Attendre sans peine, sans hâte que la vie tisse ses liens, sur ma mémoire insoumise et sur mes cheveux blancs. Il va partir le souvenir comme je m'ennuie de lui. J'étais si seule sur les pleurs d'un juillet. Les murs sombres et nus, au départ, ressemblaient. Et les livres brûlaient. La nausée me revient sur les pleurs d'un juillet. J'étais si seule. Et j'avais oublié que le bonheur des uns aux autres se donnent. Qu'est-il devenu l'horizon à ne jamais mourir ? Que deviendra la chance d'une main réveillée ? Elle si généreuse vers la marche du monde. La prière des continents tristes rejette mes rires. Les enfants enragent sur la destinée aux aguets. Fillette, ainsi s'en vont tes frères de la ronde. Je pleure à les voir passer sur les calendriers. Que m'ont chantée vos pas aimés sur le temps poussière ? Quelle ombre vague me reste sur le bord des heures ? Où irais-je me chercher de guerre à cimetière ? Sans me retourner, sans la tendresse d'une lueur. Avec la joie des loups, sous le rêve d'un sorcier. Mes rêves s'en vont, reviennent la nuit des rides. Le temps s'enroule et meurent les ventres vides. Une sonate captive torture les astres en voyage. Un carnaval noir danse sur la voix affamée. Un silence d'homme attend sa jeunesse égarée. Un sommeil d'enfant cherche un peuple. Une graine de vie sourit de ne pas exister.
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