Les nouvelles de Voyance Suisse - MarionLisa
Moi, je m'appelle Lisa, j'ai huit ans et je n'en peux plus. Maman est au téléphone avec Marion. Je me suis assise près d'elle. Ma mère travaille... mon père, de temps en temps, parce qu'il est musicien. Ils vont encore au tribunal, parce que lui, mon père ne verse plus ma pension alimentaire. J'ai huit ans et je suis pensionnée... Il doit m'en vouloir. Ma mère me dit souvent que leur rupture c'était « un manque d'amour ». Et moi qu'est-ce que je suis ? Pas assez capable d'être un but d'amour. J'ai tellement mal de leur « manque d'amour » que j'en deviens autiste. J'en peux plus de cette moitié de père, de cette moitié de mère, de ses moitiés de frères à venir, avec lesquels je devais tout partager et tout taire. Je voulais une vraie famille à moi. J'ai l'impression que je suis une enfant à louer un week-end avec papa, un week-end avec Grand-Maman, parce qu'ils ne se parlent plus... encore un « manque d'amour ». Plus tard, quand je serai grande, moi aussi je louerai tout, mon chien, mon chat, mes amis, mes maris, pour ne plus risquer le « manque d'amour ». Il paraît pourtant que ce n'est pas si grave que cela. On peut vivre avec des moitiés et être heureux. Je revois mon père sur le seuil de la porte, prêt à nous quitter. Je me suis accrochée à sa jambe, mais il avait déjà décidé que je serai heureuse sans lui. Je me sens encore humiliée. Dès cet instant, il a fait de moi une adulte ; avec des yeux si grands ouverts, qu'à huit ans, je me fais peur. Je pisse dans le jardin, je mange une carotte toute vivante. Grand- Maman cueille ses légumes juste avant le repas pour que les vitamines soient vivantes. C'est fragile ces choses-là, comme moi. Elle dit aussi, que nous mourons parce que notre nourriture n'a plus de vie ; elle voyage trop et quand elle arrive sur la table, y'a presque plus rien. J'ai vraiment peur de ce monde qui me vole mon enfance, et bientôt ma santé...
Je veux rester avec Grand-Maman, elle au moins, prend vraiment soin de moi. Elle me dit souvent « tu sais Lisa, aimer l'autre, c'est simplement prendre soin de lui. » Elle au moins, ne nourrit pas ma vie avec de la mort. Je sais qu'une pomme de terre doit pousser cinq mois, la planter au printemps, et la regarder fleurir. Je sais aussi qu'une salade, avant de devenir, était une petite graine, et qu'il lui faut une place pour grandir. Il paraît que des millions de gens ne savent plus tout cela, ils sont loin de la terre, c'est à cause de cela le « manque d'amour ». Je ne veux pas oublier Grand-Maman, je préférerai prendre une autre route, même mouillée, même verglacée ou bien je tomberai malade. J'ai besoin d'être choisie, être la préférence de Grand-Maman, pour
pouvoir vivre cent ans. Je suis son importance, son véritable choix d'amour. Et puis, j'ai grandi, Marion, j'ai eu vint ans, trente ans, quarante ans. Grand- Maman est morte. J'ai pas pleuré. Je suis devenue la préférence d'un autre, de mon mari. Un jour, j'ai pris son téléphone pour appeler une de nos filles et j'ai lu le message d'une autre... à nouveau un « manque d'amour ». La vie s'est arrêtée. A ce moment précis, j'ai perdu au moins dix ans de vie... je les ais sentis partir. Je suis allée la voir, rien, ni personne ne nous prépare à mourir de cette façon... Elle était là bien décidée à n'écouter qu'elle-même. C'était horrible ce manque de compassion, de vérité de je ne sais quoi. Ils s'aimaient depuis trois ans, l'amour leur était tombé dessus, comme une fatalité... le su-prême argument pouvant donner à ma souffrance une raison d'exister. Je lui ai simplement répondue qu'un adultère se préparait toujours bien avant. Là, elle s'est mise à crier : « Vous, les femmes mariées, vous me faîtes penser à ces enfants à qui l'on prend leurs jouets pour les donner à d'autres, et bien non, c'est plus fort qu'eux, ils ne jouent plus avec, les ont même oubliés, mais non, ils veulent les garder I » Oui, c'est vrai, j'avais oublié que celui qui trompe est bien entendu négligé, poussé à le faire ; tout est fait pour vous permettre de boiter. Moi, j'ai plusieurs métiers : le bureau... mère de famille... femme de ménage... épouse... comptable... mon mari en a moins. Il paraît que l'adultère renforce le couple. Mon mari ne voulait pas me quitter, c'était simplement pour le sexe, parce que moi au fur et à mesure, je l'avais négligé sexuellement. Au fur et à mesure, ce sont trois enfants et tout ce qui va avec. Me première réaction fût de m'acheter de nouveaux dessous en dentelle... j'étais trompée et m'en sentais responsable... Mon amie, Marie, elle, dans la même situation, se sentit obligée de se chercher, peut-être un viol ou des attouchements... peut-être de son père... ou d'un oncle pour justifier sa culpabilité. J'ai arrêté d'inviter mes amies ; mon mari avait fini par trouver cet attachement suspect... peut-être même signe de tendances lesbiennes. Si J7on est trompé, sijtfn fait faillite, sin va en prison, c'est que forcément on le mérite I Maintenant, en y pensant, j'ai pitié de nous deux. Pendant des mois entiers, fatiguée, je satisfaisais mon mari... toujours des nouveautés pour éveiller sa sexualité. Il paraît que la femme y trouve une nouvelle vie, un nouvel épanouissement I
Le premier psychiatre, m'a laissée parler pendant des minutes et des minutes, déverser ma colère, ma peine. Son visage impassible, me faisait me sentir mi-nable, sans intérêt. Lorsqu'il s'en aperçut, il me dit : « Tous les hommes mariés, trompent leurs femmes, l'adultère n'est pas vraiment grave... Ils ont des instincts de chasseur... » L'adultère chez nous est aussi une manière de porter le voile ; on a toujours le choix de partir ; mais le soi-disant choix, la soi- disant liberté ne règle en rien le problème de fond, ni la souffrance. Là, j'ai
tout compris, Marion, et j'ai pensé à toi ; lorsque tu me disais que tout est soumis à l'éducation. L'homme, c'est le sexe, la chasse... La femme, le don de soi, la compassion. Foutaises, on les paye bien cher nos qualités... t'as raison, Marion : la femme donne, l'homme lui demande ; voilà le problème, on ne nous apprend pas à demander et à l'homme de donner. C'est vrai, dans ma famille comme dans toutes les familles, mes sœurs et moi, nous nous levions de table, aidions, faisions la vaisselle, le ménage. Nos frères sortaient les poubelles... On ne les obligeait pas à nous aider, à comprendre le travail de leurs sœurs... Plus tard, c'était pareil... mon mari s'empressait de sortir les poubelles... surtout lorsqu'une jolie voisine s'installa dans l'appartement du dessus. Mon travail n'avait aucune réalité ; il restait toujours aussi exigeant. Je ne crois pas en Dieu, Marion, il aurait dû être une femme ; le monde irait bien mieux. La nature humaine sert de prétexte à bien des saloperies... Le monde ne tient plus debout... Marion, je comprends lorsque tu me disais que l'on devait envoyer les avocats, les juges en vacances dans les prisons... les consommateurs dans les abattoirs, dans les laboratoires d'expérience pour qu'avant toutes actions, toutes décisions, ils prennent conscience des conséquences de leurs actes. Avec les mathématiques, la lecture, la science de la responsabilité I En réalité, très peu d'adultères sont justifiés, c'est ce que j'ai fini par comprendre mais... j'avais pas envie de pardonner, j'étais fatiguée de toujours tout comprendre, de me mettre en cause. J'en ai eu assez d'avoir le sexe de mon mari, tous les deux jours, entre mes cuisses... c'était une oppression sans nom... Je me devais d'écouter ses besoins, alors qu'il écoute les miens... me faire la cuisine, le ménage... les courses. Là, bien sûr... il n'a pas assumé, trop dur. Marion, une mémoire terrible m'a donnée le courage d'affronter cette épreuve ; je me suis souvenue d'un voisin dont sa femme si douce souffrait d'un cancer ; il téléphonait jusqu'à se ruiner à toutes les voyantes, pour savoir, si sa maîtresse l'épouserait une fois veuf. J'ai beaucoup pensé à cette femme qui mourut dans la pire des solitudes. Même s'il l'emmenait à l'hôpital, lui ramenait ses médicaments, lui préparait ses repas, le visage me tombait de honte, de terreur. Je ne voulait pas courir le risque de mourir comme cette femme. Marie, elle devait lui masser les pieds, tous les deux jours, avant le reste... sa maîtresse le faisait ; elle a fini totalement frigide, déprimée. Les femmes devraient plutôt s'aider et renvoyer tous ces maris négligés dans leur foyer, aider, choyer leurs familles. Marion, tu m'a dit qu'une belle femme avait derrière elle forcément un bon mari. T'as raison, si tu voyais dans quel état je suis... on m'a dit de partir... j'en ai plus la force, ni l'envie. Moi, je ne voulais qu'un mari, ça m'allait très bien pour toute une vie. Je pouvais trouver chez lui, tout ce que je voulais, mais les hommes comme ils sont en réalité, ne permettent pas ce projet. On ne devrait pas nous élever dans cet objectif :
nous dire « Vous aurez plusieurs maris ou femmes ». Dans les pays sous- développés, l'anti-conformisme, c'est de montrer son cul... voilà le niveau I Je pensais qu'un autre monde pouvait exister... ça rapporte le cul... ça rapporte le divorce et toutes ces vies détruites. Tu vois, Marion, tout cela repose sur le fait, que nous ne sommes jamais heureux de ce que nous avons, toujours frustrés, c'est mieux ailleurs, avec une autre. C'est un état d'esprit ; bien sûr que cette insatisfaction est bien entretenue partout.
J'ai fini écœurée de tant baiser... même enceinte, c'était pareil... je regardais ma chatte le ventre rond, elle au moins pouvait avoir sa trêve maternité. Moi pas... tous les deux jours... à cause des pulsions sexuelles de mon mari... Moi, ma sexualité existe lorsque je caresse un chat, lorsque le soleil chauffe ma peau, lorsque je suis heureuse d'être en vie. J'étais déjà une espagnole de France, Marie une marocaine de France... et maintenant une femme de je ne sais qui... C'est génial de n'être nulle part... de ne rien avoir... fallait pas nous élever comme ça.
Le deuxième psychiatre me conseilla de positiver. C'est à dire d'aller rencontrer d'autres hommes, pour refaire ma vie. J'ai positivé... entre (( Je m'écoute, je ne suis pas prêt à m'engager... j'oublie pas mon ex-femme... j'ai des fantasmes sexuels... j'aime pas parler. » J'ai rencontré Paul, par Internet ; il a fini par m'avouer que par ce biais, il avait visité la France, pendant quinze jours, mangé et baisé gratos... tous les trois jours une nouvelle princesse avait pensé avoir trouvée son prince charmant. Je consomme, je consomme les rêves, les espérances, gratos. Comment peut-on rentrer dans la vie de quelqu'un dans son cœur, et en ressortir en pensant que l'on ne lui doit rien ? A vomir. J'ai fini par tous les envoyer se faire foutre sur leur planète Mars... qu'on me laisse ma terre... elle et moi, nous sommes heureuses, je suis contente de tout ce qu'elle me donne, et elle heureuse de mon regard heureux, émerveillé, reconnaissant pour tant d'amour de beauté, de bonté. Rappeler de toute urgence mes copines I Quel bonheur... J'ai compris une simple chose pour guérir : être satisfaite de ce que j'étais, être le plus responsable possible pour mes enfants ; mes amis d'être là pour moi, pour eux, mes animaux. Alors, j'ai tout cassé, j'ai revendiqué le droit de ne pas aimer me déguiser en cover-girl... le droit d'être en colère parce que j'étais une femme trompée ; le droit de ne pas aimer ce monde de sous-humain. Alors j'ai pleuré ma Grand-Maman ; enfin, j'étais capable de ressentir cette immense révolte ; comme une vraie vivante, j'ai hurlé son absence. J'ai dû traverser des siècles et des siècles pour me retrouver. J'ai pris Grand-Maman, et tous ces morts que l'on s'empresse d'oublier, que l'on ne pleure plus, par manque de temps, parce que l'argent remplace l'émotion ; je les ai emmenés au jardin et là, j'ai replanté les pommes de terre, les salades de Grand-Maman. J'ai pas eu be-soin de savoir si quelque part, dans une autre réalité, elle existait encore... Il m'a suffit de penser à elle pour lui redonner l'éternité.
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